L’histoire de Nigger Rock reste à écrire
Une fois gommées les conjectures, les erreurs de fait, les intentions mal avisées, il ne reste rien de l’enquète bâclée de Roland Viau
Saint-Armand a souvent fait la manchette ces dernières années à cause de la présence alléguée d’un cimetière d’esclaves noirs au pied d’un rocher majestueux, le Nigger Rock. Fondée sur des articles de journaux, cette histoire n’a jamais pu être confirmée par des sources archivistiques. Elle n’en amena pas moins certaines controverses dans le milieu.
Le livre de l’anthropologue Roland Viau, Ceux de Nigger Rock, Enquête sur un cas d’esclavage des Noirs dans le Québec ancien, est la version à peine augmentée d’un rapport paru en 1998. Le ministère de la Culture et des Communications avait alors mandaté l’anthropologue pour réaliser une étude historique de première main qui permettrait de vérifier une tradition orale locale faisant état de la présence de sépultures d’esclaves noirs sur le site de Nigger Rock.
Le ministère ne donna pas suite aux recommandations de l’étude. L’ensemble du dossier apparaissait inconsistant. La démonstration n’a pas gagné en profondeur depuis les six dernières années.
L’anthropologue n’est pas arrivé à retrouver un seul document d’époque permettant de relier directement le marchand loyaliste Philip Luke à la possession d’un grand groupe d’esclaves justifiant un “ champ des morts ” distinct du cimetière familial sur sa propriété.
Je suis un des exploitants de la section nord de ce qu’était la terre de Philip Luke. Ma famille y cultive aujourd’hui maïs, fourrage et soya pour son troupeau laitier. Nous exploitons aussi, en appoint, la forêt, composée pour la majeure partie d’une érablière de moyenne dimension. Le “ champ des morts ” de Roland Viau se trouve sur cette propriété. Au cours des années, nous avons souvent eu à répondre aux questions concernant la tradition locale. Évidemment, de réponses nous n’avions point. C’est pourquoi nous avions salué l’arrivée de l’anthropologue Viau en 1998. Puisque cela se passait sur la ferme familiale, j’ai suivi l’ensemble des écrits et discussions sur cette affaire depuis maintenant plus de six ans. Je suis donc bien au fait du dossier.
Ma critique du livre de M. Viau repose sur cette connaissance intime que j’ai des lieux et des enjeux entourant l’histoire locale. J’ai aussi cherché à élargir ce point de vue en consultant fréquemment pour cette critique la synthèse historique de l’Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC), Histoire des Cantons de l’Est, publiée en 1998. Mais avant tout, ma lecture de M. Viau se veut une analyse des propres arguments et contradictions de l’auteur.
J’aimerais inviter d’abord le lecteur à poser un regard sur les éléments macrohistoriques (si j’ose dire, dans la mesure où il s’agit d’histoire locale) de la thèse de M. Viau. J’essaierai de répondre à la question : Est-ce que la présence d’un grand groupe d’esclaves noirs chez les Luke peut être attestée? J’irai ensuite fouiller sous les pierres — concrètement sur le terrain — pour vérifier la qualité des informations de l’anthropologue. Dans un troisième temps, je montrerai quelques-uns des enjeux entourant la question du Nigger Rock. J’exécuterai enfin un saut périlleux en revenant à l’origine des controverses actuelles en m’interrogeant sur la véracité de la tradition orale.
Des théories sans assises
Roland Viau propose deux théories « révolutionnaires » qui viendraient expliquer la présence d’un important groupe d’esclaves chez les Luke. La première fait du Bas-Canada un havre pour les propriétaires d’esclaves de la Nouvelle-Angleterre. La seconde fait de la production de la potasse une espèce de coton du nord, c’est-à-dire une industrie fondée sur l’esclavage.
Le Bas-Canada aurait été un havre esclavagiste pour les propriétaires d’esclaves de l’État de New York (d’où originait la famille Luke). La pression anti-esclavagiste s’accentuait en Nouvelle-Angleterre à la fin du XVIIIe siècle. Le Luke canadien aurait eu un avantage sur les autres héritiers de sa mère à prendre en guise de part le cheptel humain, plutôt que la terre, les fonds ou autres éléments de l’héritage maternel.
À son décès en 1794, la mère de Philip Luke possédait un groupe de six hommes, femmes et enfants. Roland Viau n’a pu trouver trace d’un legs ou d’une vente les concernant. Il les fait tout de même échoir à Saint-Armand, prétextant la pression abolitionniste.
Poursuivant ce raisonnement, M. Viau avance même, toujours sans document à l’appui, “ qu’il est loisible de penser que non seulement Philip Luke aurait hérité ou acquis les six esclaves qui appartenaient à sa mère en 1794, mais il aurait également acheté ceux (4) de son beau-frère John Van Allen ”.
La pression à laquelle fait référence M. Viau était réelle, mais tout de même relative, est-il bon d’ajouter. La loi de l’État de New York de 1799 libérera les esclaves à naître à l’âge de 28 ans pour les hommes et 25 ans pour les femmes. La loi maintiendra tous les autres en état de servitude. Posséder des esclaves en Nouvelle-Angleterre en 1794 était encore une entreprise probablement peu rentable, mais où l’État garantissait le capital.
J’accepterais mieux les arguments non documentés de M. Viau si son discours était corroboré par d’autres sources, par une quelconque connaissance d’une fuite organisée par les propriétaires du cheptel humain vers le nord à la même période. Je n’ai pas à l’heure actuelle d’éléments qui me permettent d’y croire.
Les esclaves de Saint-Armand auraient été au cœur de l’industrie de la production de potasse. C’est la deuxième pirouette de l’anthropologue Viau dans son essai.
“ Sous-produit du défrichement, la potasse est tirée des cendres de bois franc ”, nous dit l’IQRC dans son Histoire des Cantons de l’Est. Il s’agit d’une activité d’exportation importante qui sera réglementée par le gouvernement dès 1801. On peut penser aussi qu’avec le bois de sciage dont elle est complémentaire, il s’agit d’une des seules activités marchandes dans une économie pionnière où les revenus en espèces sonnantes et résonantes sont rares. Ce sont ainsi les marchands qui s’occuperont dans les Cantons de la transformation de la potasse et de son commerce. Les cendres devenaient pour les colons monnaie d’échange auprès des marchands de village. L’IQRC nous dit aussi qu’il s’agit d’une activité globalement importante, mais fondée sur une série de petites entreprises quasi artisanales suivant le front pionnier.
Nous sommes donc loin d’une espèce de coton du nord, d’un tabac des cantons, d’une canne à sucre de la Baie Missisquoi. Lorsque M. Viau laisse entendre, sans documentation à l’appui, que des esclaves ont été au centre de cette industrie à Saint-Armand, en fait-il un cas d’espèce ou s’agit-il d’une exception?
Cette hypothèse de l’esclavage comme pivot de la production de potasse a fait école parmi les journalistes et les historiens amateurs dans la région depuis la publication de l’étude de Roland Viau en 1998. Toutefois, il est important de préciser ceci : absolument aucune source d’époque, aucun document incident n’étaye cette hypothèse en aucune façon.
Il s’agit d’une pure conjecture. M. Viau raisonne ainsi : Luke avait des esclaves, le travail de la potasse était difficile; ce sont ces esclaves qui faisaient ce travail; voilà la preuve que Luke avait des esclaves.
Ce genre de raisonnement circulaire apparaît aussi lorsque M. Viau se penche sur la comptabilité de la maisonnée de Jacob Luke, le fils et héritier du marchand loyaliste.
Nous ne savons pas si Jacob Luke cultivait lui-même. Une chose est certaine, toutefois : par sa taille (près de 70 hectares), la ferme de Jacob Luke était une exploitation agricole importante.
À partir d’un recensement réalisé en 1825, M. Viau compte 13 personnes dans la maisonnée Jacob. Selon l’anthropologue, parmi ces gens, il y en a 11 qui ne font pas partie de la famille du propriétaire sans pour autant être “ des ouvriers agricoles qui s’étaient liés à lui ou des domestiques féminines ”.
Pourtant, comme l’expliquent l’IQRC et Roland Viau lui-même, les ouvriers agricoles étaient en forte demande dans la région. En fait, à l’époque, un grand nombre de fermes du piémont des Appalaches étaient exploitées et défrichées par des colons qui y trouvaient travail et subsistance — en attendant que leur propre terre soit prête. Ces fameuses “ 11 personnes ” pourraient donc être des engagés ou des ouvriers agricoles; ou encore une famille de métayers opérant la ferme; ou encore une famille de colons hébergés en attendant l’ouverture de concessions.
L’anthropologue répond : “ Une telle supposition n’explique pas pourquoi les Luke ont aménagé sur leur propriété un deuxième champ des morts à proximité, mais à l’extérieur, des limites bien circonscrites de leur cimetière familial ”. Il s’agissait donc, selon lui, d’esclaves noirs. Et moi qui croyais que l’étude de M. Viau visait à confirmer l’existence de ce second champ!
Lire le pays
Depuis 1997, un seul élément est venu étayer la tradition orale. C’est à un chercheur indépendant et autodidacte, M. John Leblanc, que l’on doit la découverte d’un codicille au testament de Luke. Le propriétaire de la ferme où serait situé le Nigger Rock “ direct that Harry the negro boy that is now living with me shall be furnished out of my estate with one shirt of everyday clothes and one shirt of Sunday clothes when he arrives at the age of twenty one years should he continue with my family with that time faithful in their service. ”
Ce document est particulièrement instructif en ce qu’il montre bien que la présence noire à Saint-Armand n’a pas été dissimulée, qu’elle était acceptée jusque dans les actes légaux. Si une douzaine d’autres esclaves ont œuvré sur la ferme Luke, il faudrait bien qu’il reste des traces documentaires quelque part. M. Viau n’explique pas pourquoi Philip Luke aurait fait référence à Harry et “ oublié ” les 10 ou 12 autres esclaves. De même, l’anthropologue n’explique pas pourquoi — ni dans le testament, ni dans le codicille — le testateur ne lègue Harry.
Roland Viau consulte aussi un plan fait à main levée par un arpenteur américain vers 1882 (planche 13). M. Viau y situe “ l’emplacement probable des maisonnettes ou des baraques en bois des esclaves noirs ”. Sa lecture du plan est pourtant déficiente. De toute évidence, l’anthropologue ne connaît pas les lieux et n’a pas consulté les gens du coin : il a sauté aux conclusions.
L’auteur ne connaît que deux fermes sur le chemin Luke. Il en déduit que les bâtiments entre ces deux fermes sont des cases de Noirs.
Un banal passage sur les lieux lui aurait révélé — deux fois plutôt qu’une ! — de vieilles fondations d’une grandeur appréciable à l’extrême sud. Nous ne connaissons pas la fonction de ces vestiges. Toutefois, leur présence implique que la maison de Jacob Luke était à l’emplacement où M. Viau loge les esclaves.
À propos du grand bâtiment de l’extrême sud, l’histoire locale est muette (un dortoir, nous dira M. Viau?). Je suis tenté, simple conjecture, de le relier à la carrière calcaire qui semble avoir été exploitée un peu plus loin, directement sur la ligne frontalière avec le Vermont. Avec le four à chaux situé juste un peu à l’est près de l’ancienne voie ferrée, nous aurions là un ensemble cohérent.
Ce four à chaux justement, Roland Viau continue de l’appeler “ four à potasse et à chaux ”. Pourtant, il est loin d’être admis que ces deux activités industrielles aient partagé époque et outils. Toutefois, la production de potasse étant le leitmotiv virtuel de l’esclavage, l’auteur la voit partout.
Cet acharnement devient presque drôle lorsque M. Viau nous parle “ d’un cours d’eau nommé Rock River, probablement [! ! !] à cause de sa proximité avec Nigger Rock ”.
Rivière du Rocher est le nom qui apparaît déjà sous le régime français en 1744 sur une carte du bassin du lac Champlain dessinée par un ingénieur pour la marine du Roi...
Toutes ces fautes méthodologiques illustrent clairement que le livre de M. Viau ne constitue pas un ensemble cohérent de théories et d’observations crédibles; il s’agit plutôt d’un assemblage d’éléments non vérifiés, douteux ou même carrément faux.
Un acharnement rentable?
Pourquoi cette insistance? Pourquoi Roland Viau tient-il à tout prix à son “ champ des morts ”? Pourquoi insister sur des atteintes possibles aux sépultures?
Certes, cela fait de la bonne copie pour les journalistes qui viennent fouiller de temps à autre dans le fond de mes tranchées de drainage. Il faut toutefois voir plus loin. Je tente une hypothèse.
Un des principaux débouchés pratiques de l’anthropologie et de l’archéologie nationales concerne l’étude des nations autochtones, notamment en regard de leurs revendications territoriales. Dans cet esprit, les cimetières sont des jalons importants : il est logique de penser qu’une nation peut prétendre à des droits sur les lieux où elle a célébré et pleuré la mort des siens.
L’anthropologue Roland Viau opère un transfert lorsqu’il écrit dans son livre : “ Le site de Nigger Rock qu’on le veuille ou non constitue un patrimoine commun ”. Ces paroles, je ne les interprète pas comme une invitation qui me serait adressée à laisser des scientifiques venir étudier les lieux.
En 1997, il y a quelque chose qui a changé dans l’appréciation des lieux. C’est alors que la presse s’est mise à parler de profanation concernant les activités agricoles qui ont cours sur l’ancienne ferme des Luke. Les constantes références de M. Viau aux âmes qui doivent reposer en paix me font comprendre que je dérange.
M.Viau demande à l’État d’imposer la mise en valeur du site par le biais de la loi sur les biens culturels. Le classement de monument historique qui découle de cette loi est une entreprise lourde. En l’absence d’un accord avec les propriétaires, elle s’apparente à une expropriation. C’est ainsi que les quatre familles qui tirent aujourd’hui leur gagne-pain de l’ancienne ferme Luke ressentent les appels du pied de Roland Viau comme autant de manifestations quasi coloniales. Les gestes quotidiens qui se font aujourd’hui sur le rang Luke ont aussi leur valeur. Mais, dans ce champ des morts, raconte M. Viau, je ne suis plus tout à fait chez moi.
Revoir la tradition orale
Les conclusions de M. Viau sont tellement mal fondées qu’un doute monte en moi.
Se pourrait-il, tout compte fait, que la tradition orale sur laquelle repose l’histoire du Nigger Rock ne reflète pas les événements de l’époque? Je pense qu’il faut aujourd’hui poser la question.
À ma connaissance, il n’existe pas — avant 1910 — de document faisant référence au Nigger Rock, ou à son statut de cimetière. À cette date, un article signé par un M. Struthers a été publié dans le literary edition du journal The Standard de Montréal. L’article ne portait pas spécifiquement sur le Nigger Rock. L’histoire du rocher ne servait qu’à introduire un texte plus général sur l’esclavage au Canada, à donner une saveur locale à un texte portant sur le phénomène dans les maritimes et au Haut-Canada. D’ailleurs, l’article ne parle pas tellement des esclaves, mais plutôt de leurs maîtres. Il vise à montrer que les Canadiens n’ont rien à voir avec ces vilains Américains du sud. Une lecture attentive du texte montre un journaliste occupé à définir une identité canadienne en opposition au modèle étatsunien. L’esclavage à Saint-Armand n’y est qu’un prétexte.
Les membres de la Société historique de Missisquoi (SHM) reçoivent alors l’article avec surprise. Pourtant, dans la région, ces membres sont les gens les plus intéressés à l’histoire locale. Bien évidemment, ils savaient que des Noirs et des esclaves avaient circulé dans la région. Mais un champ des morts? Un Nigger Rock? Nenni. Ils écrivent leur surprise au journaliste.
L’article du dénommé Struthers est pourtant le document zéro de la tradition orale. Sans aucun témoignage ou explication à l’appui (décidément, c’est une manie!), l’auteur fait remonter la dernière inhumation à près de cent ans (donc entre 1810 et 1830).
Toutes les histoires qui ont suivi peuvent s’y rattacher d’une façon ou d’une autre. Ainsi, en 1997, Mme Iris Guthrie écrivait au Record que ses parents lui parlaient des esclaves enterrés sous le Nigger Rock, plus de 80 ans auparavant. On parle donc de 1915, environ, soit après la publication de l’article de Struthers. Il n’y a pas ici de marque d’une tradition orale qui aurait été saisie par le journaliste. Nous voyons plutôt des gens répéter — du postier Johnson à l’anthropologue Viau — ce qu’ils ont lu dans le journal.
Il serait intéressant de chercher aujourd’hui des références au Nigger Rock antérieures à 1910. Cela donnerait à la “ tradition orale ” une profondeur qu’elle n’a pas.
D’autres documents trouvés par l’équipe de la SHM vont aussi dans le sens du doute. Deux pasteurs anglicans, Charles Cotton et Charles Stewart, ont exercé leur ministère à Saint-Armand en 1804 et 1807, respectivement. Le premier écrit en 1810 : “ Ici, on voit rarement des Noirs, et le peu qu’il y a sont des hommes libres. ” Le second est un abolitionniste acharné au point où il boycottera le sucre produit par des esclaves. C’est cependant chez Philip Luke qu’il logera à son arrivée dans la région, raconte la SHM. Il publiera d’ailleurs un livre en 1817, A short view of the present state of the Eastern Townships. De plus, il sera membre du conseil exécutif de la province du Bas-Canada.
Mais, à la fin, ce qui entretient le plus le doute, c’est le livre même M. Viau. Il n’a pu confirmer ses hypothèses alors qu’il travaillait sur une des sociétés les plus avancées de son temps, dans une communauté où les gens lisent et écrivent, enregistrent les actes importants du commerce ou de la vie, tiennent des archives, écrivent des journaux, etc. L’image du Noir que donne M. Viau est aussi une image étrangère, on apprend peu de chose sur ce qui a été la condition d’esclave spécifique à la période des débuts du régime anglais dans la province de Québec ou au Bas-Canada. Il ne semble pas du tout évident que l’on puisse calquer le modèle américain sur la réalité d’ici sans faire un palimpseste.
L’illustration de la page couverture de Ceux de Nigger Rock montre bien les dangers du calque. Ce dessin de Francis Back semble tout droit sorti d’un manuel de réalisme esclavagiste. En arrière-plan, un écuyer à cheval “ modèle virginien ” surveille un groupe d’esclaves essouchant au pied de Nigger Rock. Au premier plan, nous avons l’image d’Épinal de l’esclave noir habillé de coton. Ici, toutefois, ce n’est pas une plantation, mais l’inévitable chaudron à potasse qui occupe deux esclaves. Pour faire local, un des esclaves porte même une tuque! Voilà donc un dessin aux thèmes empruntés, mais c’est une bonne couverture pour ce livre.
Pour les gens de Saint-Armand nous prêterons notre copie du livre de M. Viau à la bibliogare aussitôt qu'il aura fini de faire le tour de la famille.
Bibliographie
Viau, Roland «Un champ des morts oublié? Le site du rocher Nigger à Saint-Armand ouest» Étude historique. Direction générale de la Montérégie, Ministère de la Culture et des Communications, 1998, 77 pages,
Manson, Jimmy W. «The loyal americans of New England and New York founders of the townships of Lower Canada», Brome county historical society, 2001, 50 pages.
Kesteman, Southam, Saint-Pierre. «Histoire des Cantons de l’Est», Collection les 10 régions du Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1998, 830 pages.
Lipowski, Anne «Même dans le comté de Missisquoi! L’esclavage dans l’histoire canadienne. Héritage Missisquoi Vol.7 No. 1 printemps 2003, Société d’histoire de Missisquoi
Saint-Armand a souvent fait la manchette ces dernières années à cause de la présence alléguée d’un cimetière d’esclaves noirs au pied d’un rocher majestueux, le Nigger Rock. Fondée sur des articles de journaux, cette histoire n’a jamais pu être confirmée par des sources archivistiques. Elle n’en amena pas moins certaines controverses dans le milieu.
Le livre de l’anthropologue Roland Viau, Ceux de Nigger Rock, Enquête sur un cas d’esclavage des Noirs dans le Québec ancien, est la version à peine augmentée d’un rapport paru en 1998. Le ministère de la Culture et des Communications avait alors mandaté l’anthropologue pour réaliser une étude historique de première main qui permettrait de vérifier une tradition orale locale faisant état de la présence de sépultures d’esclaves noirs sur le site de Nigger Rock.
Le ministère ne donna pas suite aux recommandations de l’étude. L’ensemble du dossier apparaissait inconsistant. La démonstration n’a pas gagné en profondeur depuis les six dernières années.
L’anthropologue n’est pas arrivé à retrouver un seul document d’époque permettant de relier directement le marchand loyaliste Philip Luke à la possession d’un grand groupe d’esclaves justifiant un “ champ des morts ” distinct du cimetière familial sur sa propriété.
Je suis un des exploitants de la section nord de ce qu’était la terre de Philip Luke. Ma famille y cultive aujourd’hui maïs, fourrage et soya pour son troupeau laitier. Nous exploitons aussi, en appoint, la forêt, composée pour la majeure partie d’une érablière de moyenne dimension. Le “ champ des morts ” de Roland Viau se trouve sur cette propriété. Au cours des années, nous avons souvent eu à répondre aux questions concernant la tradition locale. Évidemment, de réponses nous n’avions point. C’est pourquoi nous avions salué l’arrivée de l’anthropologue Viau en 1998. Puisque cela se passait sur la ferme familiale, j’ai suivi l’ensemble des écrits et discussions sur cette affaire depuis maintenant plus de six ans. Je suis donc bien au fait du dossier.
Ma critique du livre de M. Viau repose sur cette connaissance intime que j’ai des lieux et des enjeux entourant l’histoire locale. J’ai aussi cherché à élargir ce point de vue en consultant fréquemment pour cette critique la synthèse historique de l’Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC), Histoire des Cantons de l’Est, publiée en 1998. Mais avant tout, ma lecture de M. Viau se veut une analyse des propres arguments et contradictions de l’auteur.
J’aimerais inviter d’abord le lecteur à poser un regard sur les éléments macrohistoriques (si j’ose dire, dans la mesure où il s’agit d’histoire locale) de la thèse de M. Viau. J’essaierai de répondre à la question : Est-ce que la présence d’un grand groupe d’esclaves noirs chez les Luke peut être attestée? J’irai ensuite fouiller sous les pierres — concrètement sur le terrain — pour vérifier la qualité des informations de l’anthropologue. Dans un troisième temps, je montrerai quelques-uns des enjeux entourant la question du Nigger Rock. J’exécuterai enfin un saut périlleux en revenant à l’origine des controverses actuelles en m’interrogeant sur la véracité de la tradition orale.
Des théories sans assises
Roland Viau propose deux théories « révolutionnaires » qui viendraient expliquer la présence d’un important groupe d’esclaves chez les Luke. La première fait du Bas-Canada un havre pour les propriétaires d’esclaves de la Nouvelle-Angleterre. La seconde fait de la production de la potasse une espèce de coton du nord, c’est-à-dire une industrie fondée sur l’esclavage.
Le Bas-Canada aurait été un havre esclavagiste pour les propriétaires d’esclaves de l’État de New York (d’où originait la famille Luke). La pression anti-esclavagiste s’accentuait en Nouvelle-Angleterre à la fin du XVIIIe siècle. Le Luke canadien aurait eu un avantage sur les autres héritiers de sa mère à prendre en guise de part le cheptel humain, plutôt que la terre, les fonds ou autres éléments de l’héritage maternel.
À son décès en 1794, la mère de Philip Luke possédait un groupe de six hommes, femmes et enfants. Roland Viau n’a pu trouver trace d’un legs ou d’une vente les concernant. Il les fait tout de même échoir à Saint-Armand, prétextant la pression abolitionniste.
Poursuivant ce raisonnement, M. Viau avance même, toujours sans document à l’appui, “ qu’il est loisible de penser que non seulement Philip Luke aurait hérité ou acquis les six esclaves qui appartenaient à sa mère en 1794, mais il aurait également acheté ceux (4) de son beau-frère John Van Allen ”.
La pression à laquelle fait référence M. Viau était réelle, mais tout de même relative, est-il bon d’ajouter. La loi de l’État de New York de 1799 libérera les esclaves à naître à l’âge de 28 ans pour les hommes et 25 ans pour les femmes. La loi maintiendra tous les autres en état de servitude. Posséder des esclaves en Nouvelle-Angleterre en 1794 était encore une entreprise probablement peu rentable, mais où l’État garantissait le capital.
J’accepterais mieux les arguments non documentés de M. Viau si son discours était corroboré par d’autres sources, par une quelconque connaissance d’une fuite organisée par les propriétaires du cheptel humain vers le nord à la même période. Je n’ai pas à l’heure actuelle d’éléments qui me permettent d’y croire.
Les esclaves de Saint-Armand auraient été au cœur de l’industrie de la production de potasse. C’est la deuxième pirouette de l’anthropologue Viau dans son essai.
“ Sous-produit du défrichement, la potasse est tirée des cendres de bois franc ”, nous dit l’IQRC dans son Histoire des Cantons de l’Est. Il s’agit d’une activité d’exportation importante qui sera réglementée par le gouvernement dès 1801. On peut penser aussi qu’avec le bois de sciage dont elle est complémentaire, il s’agit d’une des seules activités marchandes dans une économie pionnière où les revenus en espèces sonnantes et résonantes sont rares. Ce sont ainsi les marchands qui s’occuperont dans les Cantons de la transformation de la potasse et de son commerce. Les cendres devenaient pour les colons monnaie d’échange auprès des marchands de village. L’IQRC nous dit aussi qu’il s’agit d’une activité globalement importante, mais fondée sur une série de petites entreprises quasi artisanales suivant le front pionnier.
Nous sommes donc loin d’une espèce de coton du nord, d’un tabac des cantons, d’une canne à sucre de la Baie Missisquoi. Lorsque M. Viau laisse entendre, sans documentation à l’appui, que des esclaves ont été au centre de cette industrie à Saint-Armand, en fait-il un cas d’espèce ou s’agit-il d’une exception?
Cette hypothèse de l’esclavage comme pivot de la production de potasse a fait école parmi les journalistes et les historiens amateurs dans la région depuis la publication de l’étude de Roland Viau en 1998. Toutefois, il est important de préciser ceci : absolument aucune source d’époque, aucun document incident n’étaye cette hypothèse en aucune façon.
Il s’agit d’une pure conjecture. M. Viau raisonne ainsi : Luke avait des esclaves, le travail de la potasse était difficile; ce sont ces esclaves qui faisaient ce travail; voilà la preuve que Luke avait des esclaves.
Ce genre de raisonnement circulaire apparaît aussi lorsque M. Viau se penche sur la comptabilité de la maisonnée de Jacob Luke, le fils et héritier du marchand loyaliste.
Nous ne savons pas si Jacob Luke cultivait lui-même. Une chose est certaine, toutefois : par sa taille (près de 70 hectares), la ferme de Jacob Luke était une exploitation agricole importante.
À partir d’un recensement réalisé en 1825, M. Viau compte 13 personnes dans la maisonnée Jacob. Selon l’anthropologue, parmi ces gens, il y en a 11 qui ne font pas partie de la famille du propriétaire sans pour autant être “ des ouvriers agricoles qui s’étaient liés à lui ou des domestiques féminines ”.
Pourtant, comme l’expliquent l’IQRC et Roland Viau lui-même, les ouvriers agricoles étaient en forte demande dans la région. En fait, à l’époque, un grand nombre de fermes du piémont des Appalaches étaient exploitées et défrichées par des colons qui y trouvaient travail et subsistance — en attendant que leur propre terre soit prête. Ces fameuses “ 11 personnes ” pourraient donc être des engagés ou des ouvriers agricoles; ou encore une famille de métayers opérant la ferme; ou encore une famille de colons hébergés en attendant l’ouverture de concessions.
L’anthropologue répond : “ Une telle supposition n’explique pas pourquoi les Luke ont aménagé sur leur propriété un deuxième champ des morts à proximité, mais à l’extérieur, des limites bien circonscrites de leur cimetière familial ”. Il s’agissait donc, selon lui, d’esclaves noirs. Et moi qui croyais que l’étude de M. Viau visait à confirmer l’existence de ce second champ!
Lire le pays
Depuis 1997, un seul élément est venu étayer la tradition orale. C’est à un chercheur indépendant et autodidacte, M. John Leblanc, que l’on doit la découverte d’un codicille au testament de Luke. Le propriétaire de la ferme où serait situé le Nigger Rock “ direct that Harry the negro boy that is now living with me shall be furnished out of my estate with one shirt of everyday clothes and one shirt of Sunday clothes when he arrives at the age of twenty one years should he continue with my family with that time faithful in their service. ”
Ce document est particulièrement instructif en ce qu’il montre bien que la présence noire à Saint-Armand n’a pas été dissimulée, qu’elle était acceptée jusque dans les actes légaux. Si une douzaine d’autres esclaves ont œuvré sur la ferme Luke, il faudrait bien qu’il reste des traces documentaires quelque part. M. Viau n’explique pas pourquoi Philip Luke aurait fait référence à Harry et “ oublié ” les 10 ou 12 autres esclaves. De même, l’anthropologue n’explique pas pourquoi — ni dans le testament, ni dans le codicille — le testateur ne lègue Harry.
Roland Viau consulte aussi un plan fait à main levée par un arpenteur américain vers 1882 (planche 13). M. Viau y situe “ l’emplacement probable des maisonnettes ou des baraques en bois des esclaves noirs ”. Sa lecture du plan est pourtant déficiente. De toute évidence, l’anthropologue ne connaît pas les lieux et n’a pas consulté les gens du coin : il a sauté aux conclusions.
L’auteur ne connaît que deux fermes sur le chemin Luke. Il en déduit que les bâtiments entre ces deux fermes sont des cases de Noirs.
Un banal passage sur les lieux lui aurait révélé — deux fois plutôt qu’une ! — de vieilles fondations d’une grandeur appréciable à l’extrême sud. Nous ne connaissons pas la fonction de ces vestiges. Toutefois, leur présence implique que la maison de Jacob Luke était à l’emplacement où M. Viau loge les esclaves.
À propos du grand bâtiment de l’extrême sud, l’histoire locale est muette (un dortoir, nous dira M. Viau?). Je suis tenté, simple conjecture, de le relier à la carrière calcaire qui semble avoir été exploitée un peu plus loin, directement sur la ligne frontalière avec le Vermont. Avec le four à chaux situé juste un peu à l’est près de l’ancienne voie ferrée, nous aurions là un ensemble cohérent.
Ce four à chaux justement, Roland Viau continue de l’appeler “ four à potasse et à chaux ”. Pourtant, il est loin d’être admis que ces deux activités industrielles aient partagé époque et outils. Toutefois, la production de potasse étant le leitmotiv virtuel de l’esclavage, l’auteur la voit partout.
Cet acharnement devient presque drôle lorsque M. Viau nous parle “ d’un cours d’eau nommé Rock River, probablement [! ! !] à cause de sa proximité avec Nigger Rock ”.
Rivière du Rocher est le nom qui apparaît déjà sous le régime français en 1744 sur une carte du bassin du lac Champlain dessinée par un ingénieur pour la marine du Roi...
Toutes ces fautes méthodologiques illustrent clairement que le livre de M. Viau ne constitue pas un ensemble cohérent de théories et d’observations crédibles; il s’agit plutôt d’un assemblage d’éléments non vérifiés, douteux ou même carrément faux.
Un acharnement rentable?
Pourquoi cette insistance? Pourquoi Roland Viau tient-il à tout prix à son “ champ des morts ”? Pourquoi insister sur des atteintes possibles aux sépultures?
Certes, cela fait de la bonne copie pour les journalistes qui viennent fouiller de temps à autre dans le fond de mes tranchées de drainage. Il faut toutefois voir plus loin. Je tente une hypothèse.
Un des principaux débouchés pratiques de l’anthropologie et de l’archéologie nationales concerne l’étude des nations autochtones, notamment en regard de leurs revendications territoriales. Dans cet esprit, les cimetières sont des jalons importants : il est logique de penser qu’une nation peut prétendre à des droits sur les lieux où elle a célébré et pleuré la mort des siens.
L’anthropologue Roland Viau opère un transfert lorsqu’il écrit dans son livre : “ Le site de Nigger Rock qu’on le veuille ou non constitue un patrimoine commun ”. Ces paroles, je ne les interprète pas comme une invitation qui me serait adressée à laisser des scientifiques venir étudier les lieux.
En 1997, il y a quelque chose qui a changé dans l’appréciation des lieux. C’est alors que la presse s’est mise à parler de profanation concernant les activités agricoles qui ont cours sur l’ancienne ferme des Luke. Les constantes références de M. Viau aux âmes qui doivent reposer en paix me font comprendre que je dérange.
M.Viau demande à l’État d’imposer la mise en valeur du site par le biais de la loi sur les biens culturels. Le classement de monument historique qui découle de cette loi est une entreprise lourde. En l’absence d’un accord avec les propriétaires, elle s’apparente à une expropriation. C’est ainsi que les quatre familles qui tirent aujourd’hui leur gagne-pain de l’ancienne ferme Luke ressentent les appels du pied de Roland Viau comme autant de manifestations quasi coloniales. Les gestes quotidiens qui se font aujourd’hui sur le rang Luke ont aussi leur valeur. Mais, dans ce champ des morts, raconte M. Viau, je ne suis plus tout à fait chez moi.
Revoir la tradition orale
Les conclusions de M. Viau sont tellement mal fondées qu’un doute monte en moi.
Se pourrait-il, tout compte fait, que la tradition orale sur laquelle repose l’histoire du Nigger Rock ne reflète pas les événements de l’époque? Je pense qu’il faut aujourd’hui poser la question.
À ma connaissance, il n’existe pas — avant 1910 — de document faisant référence au Nigger Rock, ou à son statut de cimetière. À cette date, un article signé par un M. Struthers a été publié dans le literary edition du journal The Standard de Montréal. L’article ne portait pas spécifiquement sur le Nigger Rock. L’histoire du rocher ne servait qu’à introduire un texte plus général sur l’esclavage au Canada, à donner une saveur locale à un texte portant sur le phénomène dans les maritimes et au Haut-Canada. D’ailleurs, l’article ne parle pas tellement des esclaves, mais plutôt de leurs maîtres. Il vise à montrer que les Canadiens n’ont rien à voir avec ces vilains Américains du sud. Une lecture attentive du texte montre un journaliste occupé à définir une identité canadienne en opposition au modèle étatsunien. L’esclavage à Saint-Armand n’y est qu’un prétexte.
Les membres de la Société historique de Missisquoi (SHM) reçoivent alors l’article avec surprise. Pourtant, dans la région, ces membres sont les gens les plus intéressés à l’histoire locale. Bien évidemment, ils savaient que des Noirs et des esclaves avaient circulé dans la région. Mais un champ des morts? Un Nigger Rock? Nenni. Ils écrivent leur surprise au journaliste.
L’article du dénommé Struthers est pourtant le document zéro de la tradition orale. Sans aucun témoignage ou explication à l’appui (décidément, c’est une manie!), l’auteur fait remonter la dernière inhumation à près de cent ans (donc entre 1810 et 1830).
Toutes les histoires qui ont suivi peuvent s’y rattacher d’une façon ou d’une autre. Ainsi, en 1997, Mme Iris Guthrie écrivait au Record que ses parents lui parlaient des esclaves enterrés sous le Nigger Rock, plus de 80 ans auparavant. On parle donc de 1915, environ, soit après la publication de l’article de Struthers. Il n’y a pas ici de marque d’une tradition orale qui aurait été saisie par le journaliste. Nous voyons plutôt des gens répéter — du postier Johnson à l’anthropologue Viau — ce qu’ils ont lu dans le journal.
Il serait intéressant de chercher aujourd’hui des références au Nigger Rock antérieures à 1910. Cela donnerait à la “ tradition orale ” une profondeur qu’elle n’a pas.
D’autres documents trouvés par l’équipe de la SHM vont aussi dans le sens du doute. Deux pasteurs anglicans, Charles Cotton et Charles Stewart, ont exercé leur ministère à Saint-Armand en 1804 et 1807, respectivement. Le premier écrit en 1810 : “ Ici, on voit rarement des Noirs, et le peu qu’il y a sont des hommes libres. ” Le second est un abolitionniste acharné au point où il boycottera le sucre produit par des esclaves. C’est cependant chez Philip Luke qu’il logera à son arrivée dans la région, raconte la SHM. Il publiera d’ailleurs un livre en 1817, A short view of the present state of the Eastern Townships. De plus, il sera membre du conseil exécutif de la province du Bas-Canada.
Mais, à la fin, ce qui entretient le plus le doute, c’est le livre même M. Viau. Il n’a pu confirmer ses hypothèses alors qu’il travaillait sur une des sociétés les plus avancées de son temps, dans une communauté où les gens lisent et écrivent, enregistrent les actes importants du commerce ou de la vie, tiennent des archives, écrivent des journaux, etc. L’image du Noir que donne M. Viau est aussi une image étrangère, on apprend peu de chose sur ce qui a été la condition d’esclave spécifique à la période des débuts du régime anglais dans la province de Québec ou au Bas-Canada. Il ne semble pas du tout évident que l’on puisse calquer le modèle américain sur la réalité d’ici sans faire un palimpseste.
L’illustration de la page couverture de Ceux de Nigger Rock montre bien les dangers du calque. Ce dessin de Francis Back semble tout droit sorti d’un manuel de réalisme esclavagiste. En arrière-plan, un écuyer à cheval “ modèle virginien ” surveille un groupe d’esclaves essouchant au pied de Nigger Rock. Au premier plan, nous avons l’image d’Épinal de l’esclave noir habillé de coton. Ici, toutefois, ce n’est pas une plantation, mais l’inévitable chaudron à potasse qui occupe deux esclaves. Pour faire local, un des esclaves porte même une tuque! Voilà donc un dessin aux thèmes empruntés, mais c’est une bonne couverture pour ce livre.
Pour les gens de Saint-Armand nous prêterons notre copie du livre de M. Viau à la bibliogare aussitôt qu'il aura fini de faire le tour de la famille.
Bibliographie
Viau, Roland «Un champ des morts oublié? Le site du rocher Nigger à Saint-Armand ouest» Étude historique. Direction générale de la Montérégie, Ministère de la Culture et des Communications, 1998, 77 pages,
Manson, Jimmy W. «The loyal americans of New England and New York founders of the townships of Lower Canada», Brome county historical society, 2001, 50 pages.
Kesteman, Southam, Saint-Pierre. «Histoire des Cantons de l’Est», Collection les 10 régions du Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1998, 830 pages.
Lipowski, Anne «Même dans le comté de Missisquoi! L’esclavage dans l’histoire canadienne. Héritage Missisquoi Vol.7 No. 1 printemps 2003, Société d’histoire de Missisquoi